On raconte

1- Dominique Balardelle – La vie, 1972
2- Patrick Nouguier – Des mesures de guerres aux retrouvailles
3- Patrick Nouguier – Sous la bienveillance de M. Massinon
4- Patrick Nouguier – Vacances scolaires loin de baron Byng
5- M. J.R. Le Roy- Message du Principal, 1965
6- M. J.R. Le Roy- Message du Principal, 1966
7- Richard Guiot-Bourg– La révolution tranquille, 1966
8- M. R. Fox– Message du Principal, 1967
9- M. R. Fox- Message du principal, 1968
10-Danielle Coudert- Éditorial, 1969
11- M. De Sylva- Aux élèves de l’école secondaire Baron Byng, 1971
12- M. De Sylva- Le Cinquantenaire, 1972
13- M. R. Kouri- Message du Principal. 1973
14- Anne-Marie Shields – Dis-toi que je pense à toi, 1973

************************************************************************************************

La vie

Qu’est-ce que la vie ?
C’est naître, vivre et mourir.
C’est monotone ! Peut-être pour vous.
Je vous répondrais : Ce que vous dites c’est mentir !
Pour moi la vie, c’est vivre.
C’est simple. Vivre c’est beau !
Vivre c’est indéfinissable : C’est rire,
Pleurer, et savoir que bientôt
Je serai dans un monde où le bonheur règnera,
Et, les pleurs, la tristesse, les larmes, ne le seront pas.
Aujourd’hui la porte vous est ouverte
sur le monde du travail. Ne vous laissez pas,
Comme plusieurs le font, abattre au premier échec.
La porte ouvre sur deux chemins, prenez le plus laid,
Car à mesure que vous avancerez, il deviendra le plus beau !

Tiré de l’écho 1972

dominique balardelle-4              dominique balardelle-2
Dominique Balardelle     Dominique Guichard-Balardelle

**********************************************************************************************************************

Des mesures de guerres aux retrouvailles

Je vivais dans un petit quartier tranquille de Montréal, sur la 16e avenue près de Bélanger.
Depuis un peu plus d’un mois l’école nous avait rappelé à nos pupitres après les
grandes vacances d’été.
Tous les matins, je prenais l’autobus pour me rendre au métro Jean-Talon.
Je descendais à la station Mont-Royal où je prenais l’autobus 97 de la rue Mont-Royal,
qui me laissait à l’intersection St-Urbain.Je marchais ensuite jusqu’à l’école située
au coin St-Urbain et Rachel. Un trajet de 35-40 minutes matin et soir, j’étais un peu
jaloux des autres jeunes de mon quartier qui allaient à l’école à pied.
Le 16 octobre 1970, c’est la proclamation des mesures de guerre, nos libertés
sont suspendues. Je me rappelle entre-autre, qu’il était interdit de s’attrouper à plus
de cinq ou six personnes dans les rues.
Mais la vie continuait et l’école aussi malheureusement, j’aurais bien pris un petit congé !
Au métro Mt-Royal il arrivait souvent que nous nous retrouvions, mes copains et moi,
à prendre ensemble l’autobus jusqu’à la rue St-Urbain et finir ensemble le reste du chemin
vers l’école. Un matin, on était six ou sept à descendre par la porte arrière de l’autobus.
En se dirigeant vers le coin de la rue, nous somme tombé nez à nez avec un jeune soldat qui
a aussitôt pointé son énorme mitraillette en notre direction : notre groupe ne respectait pas
la consigne, et il était près à faire feu ! Il devait à peine avoir atteint l’âge adulte,
nous, nous n’avions que quinze ans et on ne faisait pas parti du FLQ !
De voir de si près le trou par lequel les balles seraient sorties en rafale meurtrière de
cette arme, nous a blanchi le visage et a étouffé les moindres sons qu’on aurait même voulu
murmurer. La peur que j’ai ressentie était au-delà des tremblements.
Durant cette période, l’armée nous interdisait aussi d’aller au parc Jeanne-Mance qui
se trouve au pied du Mont-Royal. Habituellement, le midi on y allait se promener. Des fois
le professeur de gymnastique nous y emmenait pour jouer au baseball ou à un autre sport.
D’autres fois quand on foxait un cours, on s’y réfugiait. Mais maintenant ce lieu
nous était proscrit, et au coin des rues, la peur faisait partie de la routine.
C’était la crise d’octobre de 1970 !
Nos années d’école à Baron Byng, ont été meublées de bien plus de péripéties.
Sur la chaine du temps, on s’est perdu de vue, nos chemins nous éparpillant sur la route
de notre avenir.
Finalement une fenêtre s’ouvre sur notre chemin ; les grandes retrouvailles
du 7 juin 2015 des années 63 à 73, organisées par Élisabeth Bire.
On s’est enfin rattrapé, les liens se sont renoués, il y a même de nouvelles amitiés
qui se sont gravées dans nos cœurs.
Quelques semaines plus tard, un groupe de camarades de mes années, de 68 à 72,
s’est rassemblé à la campagne. Cette réunion fut remplie d’émotions de s’être retrouvé et de
constater que l’on s’appréciait encore.
Comme les élèves en fin d’année qui vont à la colonie de vacance, après avoir passé une
année à étudier et à suivre les règles imposées, nous, ces anciens ados, nous
nous sommes réunis en plein univers montagneux des Laurentides, après quarante trois ans
de silence. Les hôtes de ce rassemblement, ainsi que tous les membres de leur famille,
du plus grand au plus petit, nous on reçu comme si on faisait parti de la famille ; une
famille reconstituée, oui c’est ça, la famille reconstituée de Baron Byng !
Nos souvenirs, bien rangés dans un tiroir de notre mémoire, encombrée par tant de petits
casiers conçus au fil des ans, se sont fait dépoussiérer, et au contact de cet air festif,
ont repris toute leur vivacité et leur précieuse valeur.
En suivant le souffle de cette journée, nous sommes retournés aux années couleurs
d’adolescence. La joie et l’affection des uns envers les autres était rétablie et
bien vivante ! Nous les ” Byngeois ” : les petits descendants de l’histoire de Baron Byng,
avons décidés que les ados en nous sont là pour rester, un peu comme une colonie, pas une
colonie de vacances, car nous n’avons plus tout à fait la folle jeunesse, mais plutôt la
colonie, des “presque vieux”. Oui vieux, mais encore tellement plein de vigueur à
vouloir ne pas laisser notre adolescence disparaître dans les méandres des années
passées à se confectionner une vie d’adulte.
Cette journée, c’est avec une délicieuse gratitude que nous l’avons vécu, et nos
cœurs continueront de savourer cet écho de notre jeunesse.
Que les petites sucreries de la vie nous permettent de nous réunir à nouveau, et cette
fois, avec encore plus de candidats à l’adolescence récupérée.

4
Patrick Nouguier

*************************************************************************************************************************

Sous la bienveillance de Monsieur Massinon

Début mars 1971, l’hiver n’a toujours pas envie de nous laisser tranquille.
On est en semaine de relâche, mais ça ne nous empêche pas de participer à une activité,
si on peu dire, scolaire : l’école Baron Byng est devenue trop petite pour le nombre d’élèves francophones qui voudraient s’y inscrire et depuis quelques temps il existe quelques dissensions entre le coté Anglophone et le coté Francophone.
Il a donc été décidé que nous quitterions Baron Byng pour nous établir dans notre école bien à nous. Pour aider la commission scolaire à nous payer une école, on a obtenu la possibilité de vendre des billets pour la représentation du film ” La maison de campagne “. La direction d’un centre d’achat avait accepté de nous accueillir pour qu’on puisse vendre nos places de cinéma.
Il tombait une petite neige et la température commençait à chuter, mais à l’intérieur on était bien au chaud et il y avait beaucoup de monde ; l’idéal pour la vente !
Notre kiosque, sous la responsabilité de Monsieur Massinon, notre professeur d’histoire, était tout à coté de l’endroit où Jean-Pierre Coallier enregistrait son émission de télé présentée à Radio Canada, si ma mémoire est fidèle c’était ” Ce soir Jean-Pierre ” Monsieur Coallier m’avait même acheté deux billets. On se relayait pour la vente. Quand on était en pause, on laissait notre adolescence prendre un peu de plaisir à rigoler entre amis !
C’est la fin de notre journée. On plie bagages pour repartir avec Monsieur Massinon qui nous reconduira jusqu’au métro. À la sortie, la toute petite neige qui tombait à notre arrivée, c’était transformée en une forte tempête. On a réussi à se rendre au véhicule de notre professeur, mais impossible d’avancer dans toute cette neige. Le déchaînement du vent nous mitraillait de flocons qui tombaient à l’horizontale, nous souillant la vue, et nous glaçant les os. Pas le choix, il fallait retourner chercher asile au centre d’achat. En retournant sur nos pas, je suis passé à coté d’une fille de notre groupe, qui, habillée plus pour le printemps que pour l’hiver, était figée par le froid et ne pouvait plus avancer. Je l’ai agrippé et emmené trouver refuge au centre d’achat. Durant toutes ces années, je me suis toujours demandé : La visibilité étant nulle et le froid sinistrement mordant, si je ne l’avais pas trouvé presqu’à l’aveugle sur mon chemin, quelqu’un l’aurait-il sorti de cette tempête ?
De passer la nuit sur le plancher du centre d’achat n’enchantait personne. Après quelques moments Monsieur Massinon a réussi à contacter M. Bureau, notre professeur de mathématique qui ne demeurait pas trop loin. C’est en motoneige qu’il est venu nous chercher pour nous conduire chez Monsieur Massinon.
En arrivant, notre professeur nous a donné un tout petit verre d’alcool, même pas une once, pour réchauffer notre intérieur complètement frigorifié. Imaginez, aujourd’hui un professeur qui donnerait de l’alcool à des mineurs, il perdrait son emploi ! Nous n’en avons jamais parlé à nos parents, en tout cas pas moi.
Pourtant cela nous avait remis d’aplomb. On a avertis nos parents qu’on était en sécurité chez notre professeur et on est passé à table. Madame Massinon, qui avait été notre professeur à l’école primaire Peace Centennial, nous avait préparée un bon repas bien chaud! Après le dessert on a discuté encore et encore. Rien d’étonnant avec un professeur qui avait le don de nous raconter l’histoire comme s’il l’avait vécu. Il aimait parler, mais en classe fallait pas l’interrompre, sinon les bouts de craies ou les effaces à tableau volaient allègrement vers les contrevenants !
Puis, Monsieur et Madame Massinon ont sorti tout ce qu’ils savaient comme couvertures et sacs de couchages pour nous aménager un dortoir au sous-sol, plutôt deux dortoirs ; pas question que les filles dorment dans la même chambre que les garçons ! Une de nos copines, celle que j’avais aidé à rejoindre le centre d’achat, a couchée dans la chambre de Catherine Massinon qui avait 7 ans, et tous les autres en bas. Dans la pièce des gars, on a un peu discuté, à voix basses jusqu’à ce qu’on entende les ricanements des filles dans la pièce voisine. Alors sans trop faire de bruit on est allé les rejoindre. Bien que nos hormones nous chatouillaient un peu, nous n’avons que parlé et rigolé la moitié de la nuit !
Au matin, qui est arrivé bien trop vite, nos yeux se sont enfin réveillés avec un bon déjeuner. Venu de nulle part, Monsieur Massinon nous jette à la figure « Je serai bien descendu discuter avec vous, mais je n’ai pas voulu vous déranger ». Il nous avait laissé notre liberté, tout en sachant que nous ne faisions plus chambre à part.
Un peu penaud, on lui a confirmé qu’après nos conversations, nous étions retournés bien sagement dans nos chambres respectives.
En attendant que les rues soient déblayées, avec Monsieur Massinon, on est allé dégager l’entrée de la maison et jouer dans la neige qui avait atteint une accumulation record.
Vers la fin de l’après-midi, on est tous rentrés chacun chez soit, un peu fatigué, mais ayant passé une très belle journée à partager une belle complicité avec notre professeur que tout le monde appréciait au plus haut point !
Cette journée, les médias l’ont appelés “la tempête du siècle” !

4
Patrick Nouguier

*****************************************************************************************************************************************

Vacances scolaires loin de Baron Byng

Je viens de recevoir mon bulletin scolaire. Encore une fois, déchiré, je vais relever une pointe de déception dans les yeux de mes pauvres parents. Il ne me manque que quelques miettes de points pour ne pas couler deux cours.
Cela veut dire qu’afin d’éviter de redoubler, il va falloir aller à l’école d’été. Ha non, encore l’école d’été !
La commission scolaire nous donne une chance ; plutôt que de nous faire redoubler un cours échoué par quelques points, on nous donne la possibilité de se rattraper à l’école durant tout le mois de juillet. Si on parvient à combler les points qu’il nous manque, on a une nouvelle note, de réussite cette fois, dans notre bulletin.
Je me retrouve avec Monsieur Lévy pour le cours de Français et avec Monsieur Massinon pour le cours d’histoire. Je pense que les professeurs ne sont pas du tout contents d’être eux aussi punis à faire l’école d’été aux cancres de Baron Byng, j’ai l’impression de le lire sur les traits de leur visage !
Tous mes amis sont partis en vacances. Ceux qui sont restés en ville jouent dans les parcs, se baignent à la piscine municipale. Aucune pluie pour les garder à l’intérieur afin de calmer un peu ma jalousie.
Mes congénères cancres et moi avons tous une mine déconfite de devoir faire du rattrapage. On se fait narguer par les jeunes du quartier qui se moquent de nous qui devons aller à l’école durant les vacances. Au moins nous ne sommes pas en classe toute la journée. Il faut quand même faire les devoirs et étudier à fond : il m’est formellement interdit de redoubler, c’est gravé dans les yeux de mes parents !
Bon c’est fait ! L’école d’été est enfin terminée et j’obtiens à peine la note de passage, mais je ne redoublerai pas !
Avec mes parents, sans perdre une minute de plus, on charge la voiture et on file vers les États-Unis. Nous partons camper en Virginie, au camping de Silver Beach bien connu du petit monde de Baron Byng.
La route est longue. On passe quelques heures de sommeil à même la voiture dans une halte routière, et on avale de nouveaux les miles Américains !
Enfin on est arrivé ! On se stationne devant le terrain de notre future forteresse de toile.
A peine sorti de la voiture, je tombe nez à nez avec mon professeur de français, Monsieur Lévy, je veux mourir !
En plus d’une année scolaire, d’un mois d’école de rattrapage, il me poursuit jusque dans mes vacances. Cela aurait dû lui être formellement interdit ! Il devrait être puni !
Rassemblant tout ce qui me reste de politesse, je marmonne un petit bonjour. Il m’apprend que Monsieur Massinon est aussi de la “fête” ! Il ne manque plus que notre directeur d’école tant qu’à y être ! Où y’a de la gêne y’a pas de plaisir !!!
Une des premières choses que m’indiquent mes professeurs, c’est que le mot “Monsieur”, pour les désigner, n’a pas sa place durant nos vacances, « nous ne sommes plus à l’école ! » me lance fermement M. Lévis. Je reçois l’invitation, non, l’ordre formel d’appeler mes professeurs par leur prénom.
J’ai été élevé avec l’interdiction de tutoyer ou d’appeler un adulte par son prénom, alors encore bien moins si c’est mon professeur ! Difficile d’oublier cet enseignement qui s’accroche à moi depuis toujours. Pas évident d’obtempérer avec un Monsieur Massinon qui aime bien nous jeter des craies ou des brosses à effacer le tableau pour nous rappeler à l’ordre quand on ne l’écoute pas, ou un Monsieur Lévy qui est très stricte et aime bien hausser le ton. Il faut maintenant que je les tutoie comme si on était amis depuis toujours ? non c’est trop ! ….. Pas le choix.
Après quelques meurtrissures aux parois de ma gorge à force d’appeler mes tortionnaires scolaires par leur prénom, mes vacances avec Roger (Massinon) et Solly (Lévy) se sont déroulées dans une camaraderie temporaire.
On va à la pêche dans le petit bateau dinky de Roger, qui d’ailleurs est presque mort de rire quand il m’a vu plonger dans ½ mètre d’eau, alors que je pensais qu’il y en avait 3,le fond de mer était rendu dans mon costume de bain ! On joue au ballon volant.
Quel plaisir de faire des smashs au détriment de Solly et de le voir tomber à la renverse. A mon tour de lui faire mordre la poussière ! On se promène aussi, et sans oublier, bien entendu, les feux de camp où la camaraderie est aussi crépitante que notre feu. Aucune allusion à nous jours d’école. C’est de vraies vacances !
Malgré tout le bon vouloir des compatriotes de Baron Byng, nous ne pouvons suspendre le temps et il s’enfuit comme les bonnes notes de mon bulletin. Les vacances se terminent et il faut malheureusement retourner à l’école.
On a toujours un peu hâte aux premières heures de la rentrée. On regarde les petits nouveaux du haut de notre expérience puisqu’on est des grands maintenant. On vérifie si les filles qui nous tricotent le cœur sont toujours à porté de sourires engageants. Et c’est toujours agréable de revoir les copains ; Roger, Solly…… heu pardon, Monsieur Massinon, Monsieur Lévy et tous les autres.
Il n’y aura pas de favoritisme de la part de mes copains de vacances, mais dans leur regard scintille encore un brin de complicité. Dans mes yeux, leur image de persécuteur intraitable c’est volatilisée.
Je dois l’avouer, ce congé d’été loin de Baron Byng, m’aura donné l’une des mes meilleures vacances de mon adolescence !

4
Patrick Nouguier

***************************************************************************************************************************

De Baron Byng à la prison !

Aujourd’hui, journée sans pression ; pas de professeurs, pas de cours !
C’est la journée où l’on va sur le terrain ; une petite enjambée vers notre avenir,
vers notre futur gagne-pain. L’école nous envoie sur la route du travail, en rapport avec
notre choix d’une éventuelle profession. Une bonne façon de voir de quoi seront faites les
entrailles de notre éventuelle vie de travailleur.
J’ai choisi la restauration, plus précisément, cuisinier. Je vais donc passer la journée
à visiter hôtels et restaurants. J’aurais pu être plus malin, j’aurais pu choisir
un métier comme propriétaire de bar topless, mais le directeur de Baron Byng, M. De Sylva,
aurait refusé de m’envoyer consommer alcool et femmes vêtues de leur seul plaisir de
la chair. Des amis ont choisi la Marine. Ils m’ont révélé plus tard qu’ils avaient
avec eux une fille qui n’avait pas suivit les consignes : elle était finement enveloppée
d’une belle mini-jupe. Quand il a fallu monter à l’échelle pour changer de pont, tous les
gars, y compris les marins d’ailleurs, ont eu un regain de politesse : laisser passer cette
jeune fille en premier. Je me demande si elle n’a pas fini par faire carrière dans une
usine de plaisirs de la chair !
Dans mon groupe il y a entre autre une élève de la section anglophone de Baron Byng,
elle est Grecque et elle est magnifiquement jolie et sexy. Mon seul problème c’est que
je ne parle vraiment pas très bien l’anglais. Je vais me contenter de l’observer comme un
enfant le ferait devant la vitrine du pâtissier où demeurent de splendides choux à la crème.
Cela ajoute quand même une belle et douce chaleur à mes pupilles.

7.1 Il est à peu près 11h20, quand, je ne peux le croire, nous nous aventurons dans la cour intérieure de la prison de Saint-Vincent-de-Paul.
Mes professeurs ont-ils trouvés le moyen de se débarrasser de moi ? Ça serait cher payé ;
la prison à vie pour me punir de mes mauvaises notes en classe ?
J’aurai connu les criminels notoires : Jean-Paul Mercier, Jacques Mesrine et Richard
Blass qui y ont fait un petit séjour. Avec des relations comme ça, c’est surement le crime
qui aurait été ma pauvre destinée. Ils sont tous tombés sous les balles répressives des
policiers quelques années plus tard. Ce soir, il faudra réellement que je m’applique à
faire mes devoirs !
C’est le directeur et sa tribu de gardiens qui nous accueillent.
Nous venons visiter les cuisines qui servent à nourrir des centaines de prisonniers.
Nous nous trouvons dans la partie consacrée aux prisonniers qui ne sont presque pas
dangereux. On devrait être en sécurité ! Évidement, pour nous faire comprendre la couleur
de l’incarcération, on nous enferme dans une cellule vide. C’est ce qui nous attend si
on devient hors-la-loi. Je suis confiné dans ce petit espace avec la belle étudiante.
Finalement, je ne suis pas si pressé de sortir, la prison comme ça, c’est pas si mal !
D’ailleurs notre belle adolescente a bien failli déclencher une émeute. Elle a enflammée
les neurones, si je peux dire, de tous ces prisonniers en manque de coquineries !Notre
petite déesse Grecque s’est fait chahuter par tous les prisonniers qui pouvaient
l’apercevoir dans sa jolie et très courte minijupe. Il a fallu que le directeur les
incite fermement au silence et à la retenue !
Il est midi, nous allons manger en prison. Comme tous les autres bagnards, nous faisons la
queue dans ce réfectoire à barreaux, et c’est les détenus en charges des cuisines qui
remplissent nos assiettes. Tous les jeunes du groupe s’installent à la même table.
Y’a plus de place pour moi. Je reste un moment prisonnier de ma solitude !
Il ne reste qu’une table. le directeur m’invite à l’accompagner et m’y asseoir. Je vais
passer pour le chouchou du directeur, mais pas question de refuser, sinon il va me mettre
au trou ! On discute tout en mangeant. La nourriture est bonne. Tout comme dans les
restaurants, il y a des bus boy qui desservent les tables quand elles se libèrent.
Je ne sais pas si c’est parce-que j’étais à la table du “patron”, mais un prisonnier,
à l’occupation de serveur, s’occupe de moi comme si je dinais dans un restaurant cinq
étoiles. Il est grand, costaud, poli, mais dénué de tout sourire. Il doit être dans
la mi-trentaine. Il vient régulièrement s’informer si j’ai besoin de quelque chose ou
remplir mon verre d’eau. Il débarrasse mon assiette et revient rapidement avec mon dessert.
Malgré moi je réponds en souriant au bon service qu’il me donne.
Le directeur me rappelle que c’est un prisonnier, et me demande si j’ai une idée pourquoi
il est enfermé en prison ? Pourquoi une telle question ? ça sent le traquenard, comment
aurai-je pu deviner ? Il me lance au visage comme une gifle glacée, qu’il ne sortira
jamais de ce refuge pour les condamnés à la maison de correction : il est là pour avoir
assassiné de sang froid un jeune garçon ! Mon système digestif s’arrête de fonctionner,
et le sang s’évade de mon visage pour quelques instants. Mes cordes vocales sont aussi en
cavale. Je ne sais plus quoi dire. Mon sympathique serveur a tué un enfant, l’a-t-il fait
sur un jeune de mon âge ? Le directeur ne veut pas en dire plus. Il en a déjà trop dit !
C’est comme ça que se termine ma visite à la prison de Saint-Vincent-de-Paul,
que l’on quitte pour aller visiter un autre restaurant. Je n’ai plus la tête à la cuisine
ou à mon avenir. Je viens de manger avec le directeur d’une prison, pendant qu’un assassin
prenait soin de moi. Ce n’est pas tous les jours qu’un jeune de seize ans se fait traiter
aux petits oignons par un tueur d’enfants !
C’est ce qui a saturé toutes mes pensées durant le reste de ma longue semaine !
Mon expérience dans le domaine de mon possible gagne-pain aura été très instructive.
On ne sait jamais ce qui se cache derrière un visage, ce qui passe dans la tête des
personnes que l’on croise, et ce dont ils sont capables. Il ne faut pas juger les gens
dans un sens comme dans l’autre. On pourrait avoir de drôles de surprises !
Pas étonnant que depuis, je me suis légèrement emprisonné dans la méfiance.
Toute une leçon en dehors des murs de mon petit pénitencier à moi ; Baron Byng !

1-a-comité BBHS-4
Patrick Nouguier

***************************************************************************************************************

1965, Message du Principal

Dans ces mots, mes premiers à paraître dans l’Echo, il m’est difficile de décider où commencer tant il y a des choses que je voudrais vous faire savoir.
Tout d’abord, il y a notre entière raison d’être ici, à l’école. Je me plais à espérer qu’à l’avenir, quand vous vous souviendrez de vos années passées ici, vous vous souviendrez de Baron Byng comme d’une école où tous les professeurs se consacraient à leur tâche où (au moins une fois par jour) même le directeur se voulait toujours professeur où (au fond de leur coeur) les étudiants et étudiantes accordaient à leurs devoirs et à leur travail de classe une place transcendante. Que cette image prédomine dans nos souvenirs!
Cependant, puisqu’on ne peut toujours se retrouver dans une salle de classe, je voudrais vous faire revenir à l’esprit toutes les autres occasions où nous avons été ensemble: la remise des diplômes, l’Armistice, le service célébré à la mémoire de Churchill, le concert, les jeux et les championnats, le jour des sports, la remise des trophées.
Rappelons-nous que c’étaient là une série d’événements auxquels nous participions de tout notre coeur, mais en plus le témoignage que nous vivons dans le vrai, que nous suivons en effet une tradition déjà mise à l’épreuve et approuvée. Voilà ce qu’aurait voulu le Baron Byng de Vimy, lui qui, si vaillamment, a servi nos aïeux.
Enfin, rappelons-nous que, de notre temps, nous avons appartenu à une école et à deux, Anglais et Français, Français et Anglais, chacun respectueux des droits de l’autre, deux entités si distinctes mais servant l’unité avec telle distinction!
En octobre dernier, comme nouveau venu parmi vous, j’ai fait remarquer le vif et chaleureux sentiment d’humanité que j’avais déjà éprouvé ici. Nous en avons tous et toujours grand besoin. Et il est bon de sentir que c’est à l’école que nous pouvons le trouver et que même, nous l’avons déjà trouvé.

Tiré de l’Écho 1965                                 6-1965 Le Roy- l

5-1966
M. J.R. Le Roy

*****************************************************************************************************************************

1966, Message du principal

1917 : Les Canadiens prennent d’assaut les hauteurs de Vimy sous les ordres de
Sir Julian Byng.
1921 : Leur commandant, maintenant le Vicomte Byng, s’installe dans notre pays comme Gouverneur-Général et s’y voit acclamé par les hommes qui l’ont connu en France.
1922 : Cette école où nous sommes est fondée et on l’honore du nom de ce valeureux soldat. Dans les années qui suivent, promotions après promotions viennent grossir avec joie les “Gars de Byng”, les “Byng Boys”. Et ils savent, comme les soldats, qu’ils ont raison d’agir ainsi. Ils savent qu’en agissant ainsi, ils sont dans le vrai.
Parlant de Vimy, le Baron Byng disait : “Ils se tenaient là, ce 9e jour d’avril 1917, hommes du Québec, épaule contre épaule avec les hommes de l’Ontario, hommes des Maritimes avec les hommes de Colombie-Britannique et là se forgeait une nation trempée dans les flammes du sacrifice et façonnée sur l’enclume de la “Grande Aventure”
C’est de ce passé que nous héritons, de cet avenir que nous rêvons, pour l’accomplissement de ce présent que nous vivons.
Dès ses débuts, Baron Byng High School a été un amalgame composé de tous ces éléments si divers qui forment le Canada sur tous les plans : racial et religieux, linguistique et culturel, social et économique, et jamais cela ne s’est avéré aussi exact qu’en ce moment, presque un demi-siècle après la bataille de Vimy.
Nous reconnaissons, nous avons toujours reconnu le droit qu’a tout homme d’être différent des autres, nonobstant que le tout prime sur le particulier, que l’idéal d’unité nous anime tous d’une même ardeur, afin que de notre labeur et de nos efforts jaillisse un Canada grandi.
Soyons inébranlables et loyaux, fidèles à la devise de notre école : “Constans et Fidelis”

Tiré de l’Écho 1966

5-1966
M. J.R. Le Roy

*********************************************************************************************************************************

” La révolution tranquille”

Un vent violent passe au dessus du Québec ; on le surnomme « Révolution Tranquille ». Mais
cette révolution est-elle si tranquille que cela ? Je ne pense pas qu’elle le soit et
tous les jours, on peut lire les manchettes des journaux, traitant du séparatisme, du
bilinguisme, du biculturalisme, de la Confédération.
A la tête du mouvement, les Canadiens français.
Pourquoi se révoltent-ils ? Quel est le but de leur révolte ? Qu’est-ce qui a causé cette
révolte ? Qui a tort ? Qui a raison ? Autant de questions auxquelles je serais bien
incapable de répondre. Ce que j’ai l’intention de vous exposer, c’est le point de vue des
Canadiens anglais concernant les problèmes du Québec ; celui des Canadiens français
nous étant bien connu. « Le but intéressant dans un jugement, ce n’est pas le point de vue
de l’avocat général qui accuse mais bien celui de l’accusé qui se défend (considérant que
les Canadiens anglais sont souvent ceux qu’on accuse, ce qui ne veut pas dire que
c’est avec raison) » Les anglophones manifestent à l’égard du Canada français les
attitudes les plus variées. Suivant l’enquête faite par la Commission royale sur
le Bilinguisme et le Biculturalisme, on constate : En premier lieu, les Anglophones
ne sont pas conscients des sentiments et des aspirations des Canadiens français.
Peu d’entre eux saisissent le problème que le renouveau Québécois pose. En général,
ils n’ont aucune animosité envers les Canadiens français, ils voudraient simplement
comprendre ce que le Québec veut. Pour un très grand nombre, le Canada apparaît
essentiellement comme un pays de langue anglaise, avec une minorité francophone
à laquelle on a accordé certains droits restreints.
Un Canadien anglais de Kingston s’est exprimé en ces mots : « La culture française telle
que nous la dépeignent la télévision et la radio anglaises est réellement une parodie…
qui tend à faire croire à l’Anglais que le Français est un paysan, un mangeur de soupe
aux pois et de fèves au lard ».Une personne d’Edmonton dit : « Nous ne connaissons du
Québec que ce que nous lisons dans les journaux. Et nous avons l’impression que ce que
l’on y dit est partial ».Un grand nombre d’entre eux pensent que l’îlot français
ne saurait éviter d’être assimilé graduellement par la culture et la langue d’Amérique du
Nord. En général, ils n’acceptent pas la théorie d’égalité des deux peuples. « Notre pays
n’est plus composé des deux peuples fondateurs par suite de l’immigration ;
il est constitué d’une foule de groupes ethniques et notre réel problème est de les unir
en un seul Canada et non d’en faire deux ou plusieurs ».La question souvent posée :
« Que veut le Québec ? »’ nous fait penser à un supérieur qui se renseigne sur
la requête d’un inférieur. On constate tout de même que les anglophones cherchent
à comprendre les problèmes du Québec. A Londres, un homme s’exprime ainsi :
« Un Canadien anglais peut dire qu’il est Canadien tout court, sans rien sacrifier :
le Canada, pour lui, n’est que la projection de ce qu’il connaît en tant que Manitobain,
Ontarien… Par contre, lorsque nous demandons à un Canadien français d’être Canadien
comme nous, c’est un grand sacrifice que nous exigeons de lui ».
Quant à la question d’un bilinguisme qui est censé être appliqué à travers tout le Canada,
un Canadien de Vancouver répond : « Pourquoi voudriez-vous que j’apprenne à parler
français alors que tout est anglais autour de moi ; et que en plus, je n’ai encore jamais
rencontré de Canadien français.La minorité anglophone du Québec est dans une situation
particulière et a ses propres problèmes. Contrairement aux minorités françaises, personne
chez elle ne peut prétendre parler en son nom pour exprimer ses besoins et protéger
ses intérêts : vu qu’elle a toujours dirigé son système d’enseignement, ses institutions
industrielles, cela ne lui a pas été nécessaire jusqu’ici.
Quelles sont les solutions proposées par les Anglophones face aux revendications
canadiennes françaises. Une réponse au séparatisme : « Il est évident que si nous
nous séparions en deux nations, ni l’une ni l’autre ne subsisterait : nous deviendrions
tous Américains ». Beaucoup pensent que l’on devrait tenir une assemblée en vue de rédiger
une nouvelle Constitution dans laquelle le Canada serait reconnu comme patrie de deux
nations. Une autre solution, qui croirait-on résoudrait le problème : disperser
les Canadiens français.
En général, on considère le séparatisme comme économiquement irréalisable et irréaliste.
Tous, cependant, semblent animés d’un même sentiment nationaliste qui veut à tout prix
préserver l’unité canadienne.
Espérons que cela est réel, sinon l’existence même du Canada serait en jeu.

Tiré de l’Écho 1966

richard Guiot-Bourg                                                      3-1966                                                                      Richard Guiot-Bourg

*****************************************************************************************************************************

1967, Message du Principal

Dans son poème “Oceano Nox”, Victor Hugo dit, entre autre :
“Oh, combien de marins, combien de capitaines
qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
dans ce morne horizon se sont évanouis”> Je choisis ces lignes afin d’illustrer le thème principal de l’actuel numéro de notre magazine scolaire “L’Echo”, un majestueux navire qui vogue sur les flots
Supposons que ce navire majestueux représente Baron Byng. Vous mêmes en êtes les marins et nous les capitaines. Je sais que vous, les finissants, vous vous apprêtez à entreprendre des courses lointaines cette année. Tous vos espoirs, tous vos désirs secrets, toutes vos ambitions vous mènent vers ces courses lointaines et je tiens à vous exprimer mes vœux les meilleurs
Puisse l’avenir, puisse ce morne horizon vous paraître clément et ne point vous engloutir
Puissiez-vous ne pas vous perdre sur l’océan cruel de cette perpétuelle lutte pour l’existence.
Puissiez-vous nous revenir réconfortés et assagis par vos expériences.
Il se pourrait bien pourtant que vous les marins et nous les capitaines soyons engloutis par ces mornes horizons, soyons assaillis par les exigences quotidiennes de la vie. C’est alors, au sein même de la lutte, que vous pourrez vous rappeler que vous avez un hâvre sûr où vous réfugier, ce hâvre constitué par la somme totale de vos connaissances si assidûment durant notre séjour à Baron Byng.
Bonne chance et bon voyage.

Tiré de l’Écho 1967

2-1969 (2)
M. R. Fox

************************************************************************************************************************************

1969, Message du Principal

Votre thème cette année pour l’Écho ? « L’Homme projette son ombre sur la Vie », est à la fois intéressant et sujet à controverse.
En effet, projeter son ombre peut signifier deux choses : protéger, dans le sens d’abriter, mais aussi menacer dans le sens d’englober. Ces deux actions par elles-mêmes résument la destinée de l’homme, son éternel conflit entre le choix du bien et du mal. L’orgueil de l’homme peut en effet mener vers des tâches grandioses mais aussi malheureusement vers des actions manifestement abjectes.
Si de notre côté, nous sommes parvenus à vous enseigner l’art de savoir distinguer clairement et de tout temps entre le bien et le mal, alors nous n’avons nullement failli à la tâche et avons contribué concrètement à vous éduquer.
L’intelligence seule ne compte guère, c’est la force de caractère qui compte. Toute difficulté, tout obstacle auxquels vous serez portés à faire face au cours de votre vie, tout défi auquel vous aurez peut-être à répondre, vous pouvez à la rigueur les écarter ou les circonvenir avec quelque intelligence ou une certaine ruse, mais vous n’arriverez jamais à les vaincre si vous manquez de force de caractère et d’intégrité morale.
Souvenez-vous en, seules la force de caractère et l’intégrité morale comptent, ce sont là les seules qualités qui vous permettront de vaincre la vie, de la dominer.
C’est à vous, donc, de cultiver ces qualités et bonne chance ! Puisse ce que vous avez appris à ce jour vous guider et vous aider à atteindre ce but.
Aujourd’hui, plus que jamais, il est en effet nécessaire de faire preuve de force de caractère et d’intégrité morale et j’espère très sincèrement que la plupart d’entre vous, sinon tous, vous vous évertuerez à atteindre cette intégrité morale.
Je me permets de vous traduire, mot à mot, le passage suivant que vous trouverez dans l’œuvre anglaise de l’auteur Alexis Carrel et intitulée « Man the Unknown » (L’Homme cet Inconnu).
« Dans la civilisation moderne, on rencontre de moins en moins des êtres dont la conduite personnelle est inspirée par un idéal moral pur. Néanmoins, de tels êtres existent encore. Nous ne pouvons pas nous empêcher de les reconnaître sitôt que nous les rencontrons. La beauté morale, en effet, est un phénomène exceptionnel et frappant. Celui à qui il est donné de contempler de près ce phénomène, ne l’oubliera jamais. Cette forme de beauté impressionne en effet bien plus que toute beauté naturelle ou scientifique. Ceux qui la possèdent sont nantis de dons divins et font preuve d’une puissance étrange et incompréhensible. Cette beauté morale rehausse la force et la puissance de l’intellect. Elle établit la paix entre les hommes. Plus que toutes les sciences, plus que les arts ou les cérémonies religieuses, c’est à vrai dire la beauté morale qui forme la base même de toute civilisation. »

Veuillez bien considérer ces paroles et puissent-elles vous inspirer.

Tiré de l’Écho 1969

1969-1
M. R. Fox

******************************************************************************************************************************************

1969, Éditorial

Une autre année scolaire vient de s’écouler entre les murs de Baron Byng . Une année de réussites, une année d’échecs suivant le travail de l’élève. Mais pour certains, c’est la dernière, celle qui ouvre le carrefour de la vie. Celle qui ferme les portes à ces quatre longues années de travail. On se retourne, on les regarde et avec surprise, on s’aperçoit qu’elles ont vite passé.
Celle-ci a t-elle été meilleure que la précédente ? Les élèves ont-ils mieux travaillé ? Ont-ils mieux participé aux activités ? Peut-être. Il y aura toujours des bons et des mauvais, des paresseux et des turbulents. Les élèves resteront des élèves. On parle beaucoup; on agit peu. On voulait une école active avec des organisations dans tous les domaines: sports, recherches…et déjà la cloche sonne à trois heures, nous nous empressons de la quitter, de rentrer en vitesse chez nous. L’idée de rester une heure de plus nous décourage d’avance pour plusieurs raisons personnelles. C’est pourquoi les activités marchent un peu au ralenti. Mais il y a toujours des exceptions où les élèves mettent tout leur cœur.
D’année en année, nous nous apercevons que la section française se fraye une place de plus en plus grande dans l’école. Sa participation est toujours très demandée dans certains domaines et très peu de réponses y parviennent: il faut l’effort de tous les élèves; chacun doit y mettre du sien.
La terre se porte bien parce qu’elle n’arrête pas de travailler. Elle roule ses océans, prépare ses quatre saisons, distribue ses nuits, jamais ne manque un lever, ouvre les corridors du vent, enfin déploie des beautés sans nombre. Des blessures de l’âge, des problèmes du siècle, des maladies de l’âme, le travail guérit tout, il apaise, il console, il rend humble et digne et il occupe l’esprit : l’école n’est-elle pas le meilleur endroit pour le trouver?
Nous y passons dix mois par an et y travaillons sérieusement trois mois, surtout avant les examens provinciaux ; l’important, c’est de les réussir; une fois passés, on s’en débarrasse l’esprit au plus vite.
Cette année, plusieurs changements se sont opérés dans notre vieille Baron Byng. On l’a rénovée dans son intérieur. Une petite révolution dans les règlements s’est effectuée. Plus de tenue obligatoire ; ça égaye l’école.
Nous voulions une école où l’élève ait une grande liberté dans le choix de ses études. Nous sommes au beau milieu d’une crise dans l’enseignement. Une crise où l’on voudrait changer le maître traditionnel avec sa baguette en un poste de télévision.
Economique, n’est-ce pas ? Un professeur pour mille élèves et encore, on pourrait le mettre en réserve pour le faire passer dix ans plus tard…je parle des films, vous m’avez comprise.
L’école est apparue il y a bien des années et nous pouvons constater des ressemblances frappantes ; tous ces changements ne se sont pas effectués en une semaine. Aussi, notre Baron Byng restera encore longtemps comme nous l’avons connue.
Bien des élèves y viendront, bien des professeurs y enseigneront et bien de l’encre coulera sur les pages de l’Echo.
A l’année prochaine et bonne chance à ceux qui s’en vont pour ne plus revenir à Baron Byng.

Tiré de l’Écho 1969

2-1969
Danielle Coudert

********************************************************************************************************************************************

1971, Aux élèves de l’école secondaire Baron Byng

L’année scolaire qui s’achève s’est avérée des plus difficiles. Des situations insolites de toutes sortes semblaient s’enchaîner les unes aux autres de façon alarmante. Tout le système académique s’en est trouvé affecté et même quelquefois déréglé. Néanmoins, nous avons pu mener notre tâche à bien et à tout considérer, cette année scolaire de 1970-71 sera mémorable. Malgré les difficultés, vous, les étudiants, avez bûché ferme et je suis confiant que vous récolterez les succès mérités. La tension et la lutte dans la vie font tellement partie de l’existence humaine que sans elles, notre vie s’en trouve souvent appauvrie. Notre but devient vite et si facilement superficiel et futile s’il n’y a pas régulièrement d’embûches et de défis. On ne devrait jamais permettre que ces valeurs et perspectives durables telles que la sagesse, l’amour, le courage, l’espérance, la dignité et la foi, se ternissent ou disparaissent. Elles nous reviennent comme « l’ÉCHO » du passé.

Tiré de l’Écho 1971                                            7-1972-1

de sylva
M. De Sylva

*************************************************************************************************************************************

1972, Le Cinquantenaire

L’École Secondaire Baron Byng a accueilli ses premiers élèves en Septembre 1922, mais la date de sa construction, comme on voit au dessus de la porte principale, était 1921. Avoir atteint le cinquantenaire, est une occasion qui vaut d’être relevée.
L’âge cependant, est souvent très trompeur et après tout ce n’est pas l’âge qui compte le plus dans la vie. Le rôle joué, la réputation gagnée, la contribution offerte, sont tous plus importants que l’âge.
Puisque la section de langue française n’existe que depuis une dizaine d’années, le nombre d’anciens de ce côté n’est pas très grand, mais comme l’âge, ce n’est pas le nombre qui est le plus important. Nous avons su coexister et en microcosme vivre avec les problèmes qui tourmentent le Canada. La maison vieillit mais l’esprit familial est toujours jeune, courageux et ouvert.
Cette école est renommée non seulement à Montréal, mais partout dans la province et même dans le pays. Les nombreux anciens élèves de Baron Byng gardent souvent de très chaleureux souvenirs de leur séjour entre ces murs et en sont vraiment fiers.
Je suis convaincu que si Baron Byng existe encore pendant cinquante ans ou même plus longtemps, nous garderons toujours ces qualités qui nous rendront tous fiers d’avoir été associés à cette école.

Tiré de l’Écho 1972                                                7-1972-1  

de sylva
M. De Sylva

********************************************************************************************************************************

1973,  Message du Principal

C’est pour moi un plaisir et un privilège d’avoir été votre principal durant l’année très spéciale que fut 1972-1973. C’est en essayant de faire ma part dans le tourbillon des étudiants, des professeurs, des secrétaires et de tout le personnel en général, que je me suis rendu compte que cette année a été pour moi, pleine de défis à relever, d’enseignements et de satisfactions.
Nous avons essayé de donner au 50ème anniversaire de notre école le retentissement qu’il méritait : je pense à la scintillante « Soirée avec Molière », à la foire aux carrières qui fut si bien organisée, au lancement de notre disque souvenir, à notre participation au cri universel de Managua, et à la publication même de notre brochure annuelle.
Le conseil de l’école a fonctionné systématiquement et efficacement. Il a agi avec détermination et enthousiasme dans son effort pour traduire par les faits les aspirations des étudiants. Les contacts entre le Comité de l’école et les parents ont été positifs, aussi bien durant les activités ordinaires, que dans les programmes spéciaux. Je me permets ici d’exprimer ma gratitude personnelle à Mme Rotman et à Mr. Gilmour, mes directeurs-adjoints, qui se sont dépensés sans compter.
Toutes les fins d’années ont leur part de tristesse. Nous dirons au mois de Juin au revoir aux étudiants et aux professeurs de notre section française qui nous quittent après dix ans d’une expérience de bilinguisme unique à Montréal, et nous leur souhaitons bonne chance. Ils savent bien que les choses ne seront plus les mêmes à Baron Byng après leur départ.
Diplômés de 1973, je vous souhaite de pouvoir égaler, ou dépasser, les meilleurs de vos prédécesseurs. Fixez-vous des buts dont vous puissiez être fiers et faites de votre mieux pour les atteindre. Des lendemains passionnants vous attendent. Vous y trouverez l’occasion de réaliser vos idéaux les plus chers. L’avenir vous appartient.
Mais rappelez-vous les trois étapes qui vous permettront d’atteindre vos objectifs personnels et sociaux. Essayez d’abord de comprendre le passé et le présent car le futur en dépend : apprenez à garder le bon et à rejeter le mauvais. Vous devez ensuite clarifier vos idéaux pour pouvoir les concrétiser et les systématiser. La dernière étape est le travail, travail qui devient plaisir quand il est bien orienté, et dévouement quand il est fait avec le sentiment des responsabilités qu’on a envers les autres. Ne perdez pas votre temps. N’entrainez pas les autres, ou ne vous laissez pas entrainer par eux, vers des voies destructrices et stériles : l’image de Baron Byng sera l’image que vous en donnerez.
J’adresse à vous mes félicitations pour les réalisations du passé et mes meilleurs vœux de succès pour l’avenir.

Tiré de l’Écho 1973                                                            1-1973-1

kouri
M. R. Kouri

***********************************************************************************************************************************

Dis-toi que je pense à toi

N’oublions jamais cette école qui aura été le début.
Comment essayer de résumer dans un paragraphe, l’esprit, le cœur et l’âme de l’école
Française Baron Byng ?
L’école Française est arrivée à Baron Byng il y a 10 ans. En 10 ans, ce qu’on a le temps
d’en voir des choses, d’en vivre des expériences !
Après avoir parcouru des chemins longs et tortueux, après avoir travaillé patiemment
et durement, on obtient la reconnaissance de son identité !
Baron Byng Français est comme l’enfant qui dit à son gardien « il est temps que je parte »
Et le tuteur de répondre avec bonté et compréhension « va mon enfant, je vois que
tu as pris ta décision, et bien je te souhaite beaucoup de bonheur, et si la vie
semble dure à certains moments, dis-toi que je pense à toi »

Tiré de l’Écho 1973

1973 anne marie sheilds
Anne-Marie Shields

Le contrat est signé, et la commission scolaire y a appliqué son sceau.
la section francophone de l’école secondaire Baron Byng déménage.
Elle s’appellera ” l’Académie De Roberval ” et sera domiciliée
derrière l’hopital Jean-Talon.
L’aventure de la section francophone de Baron Byng s’achève ici.
N’oublions jamais notre histoire !

Patrick Nouguier

1i-NOTRE ÉCOLE - 7