Ils témoignent

 1- Pour Monsieur Lévy

 2- Pour Madame Azuelos

 3- Lettre de Monsieur Marelli

 4- Pour Monsieur Marelli

 5- Monsieur Jankovych

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Monsieur Lévy                                          

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Monsieur Salomon Lévy, mon très cher ami Solly,

Lors de nos nombreux échanges privés, j’ai eu le privilège de vous exprimer mon affection et mon grand attachement à votre égard. Aujourd’hui j’ai décidé de l’exposer au vu et au su  de plusieurs de ceux et celles qui ont croisé votre route à un moment déterminé de leur vie. La majorité vous a aimé, mais, soyons francs, les statistiques diront aussi que certains vous  ont, pour le moins, «moins apprécié». Quoi qu’il en soit, ce que je retiens d’un de vos enseignements de la première heure est qu’un des pires châtiments à infliger à une personne est  l’indifférence. Monsieur Lévy, je peux vous l’assurer, vous n’avez jamais laissé personne indifférent.
À la rentrée scolaire 2016-2017 sonnera la cloche de notre rencontre, il y a maintenant 48 ans. Dans toute la naïveté de mes 14 ans, je n’avais pas alors la moindre idée de l’impact que  cette rencontre aurait sur ma vie.
À mes 17 ans, vous avez éveillé en moi une passion que mon père m’avait transmise, mais qui sommeillait dans mes gênes, la passion du théâtre. Devant les 800 élèves de l’école Baron Byng, défiant toutes les barrières linguistiques, nous avons présenté «Los Titeres de Cachiporra» de Frederico Garcia Lorca, en espagnol, s’il vous plaît ! Avec, entre autres, mes camarades Antoine Munoz, Dominique Balardelle, Julio Martinez, Marco (Marconi) Ramirez, nous avions relevé brillamment le défi grâce à vous, M. Lévy, notre professeur et magnifique metteur en scène.
Ce fut le début d’un attachement qui, au fil des années, devint une complicité à la base de l’écriture de notre inestimable amitié. L’histoire d’un prof et de son élève, notre «Cinéma Paradiso» quoi ! Et quelles magnifiques et palpitantes aventures nous avons vécues dans notre «Théâtre Paradiso». La poursuite du théâtre scolaire à Baron Byng et à De Roberval de Molière, que vous avez fait renaître sur scène, à Gratien Gélinas (Ti-Coq) joué devant l’auteur lui-même, les caméras de Radio-Canada et Pierre Nadeau qui en avait fait un reportage. Ensuite, la révélation de la comédie musicale dans vos productions. Quel incroyable souvenir que ce jour de mes 30 ans où, entouré de merveilleux jeunes comédiens, je suis devenu Tony dans «West Side Story» !
Et puis, il y a eu l’aventure avec la communauté Sépharade. Que de péripéties exaltantes où vous avez scénarisé, avec moi à la technique, du Molière à l’exquise sauce sépharade dans laquelle vous avez même trempé «Les Belles Sœurs» de Michel Tremblay. Votre impulsion créative, nous a menés au Maroc (notre pays de naissance commun) en 1993, un inoubliable voyage artistique qui flirtait avec la légitimité de saines retrouvailles entre Sépharades et Musulmans de ce magnifique pays. Moi, apatride de religion, je me sentais un peu comme le trait d’union de ces retrouvailles historiques. Que de lointains souvenirs pourtant si présents dans ce que je suis.
Inspiré par le Maître, je me suis mis à l’écriture. Après une représentation d’une courte comédie musicale «Il était une fois la forêt…» destinée à un jeune public, vous m’avez lancé un compliment qui m’avait surpris et bouleversé : «Kelvin, l’élève vient de dépasser le Maître». Merci Solly, mais non ! L’élève se doit de garder continuellement devant lui le cap sur l’inspiration que lui procure le Maître et sur la satisfaction du respect qu’il lui porte et qui le pousse à se dépasser. C’est dans ce contexte que j’ai créé la magnifique comédie musicale «Amélie» avec la merveilleuse musique de mon ami François Harel. Quel honneur pour l’élève de voir son Maître y jouer un rôle important tant sur la scène (Solly est un superbe comédien) que dans les coulisses de notre intime amitié.
J’ai eu le privilège d’assister à la naissance du groupe musical de très haut niveau Gérineldo que vous avez porté sur vos épaules avec des complices féminines merveilleuses. Enfin les «Sollyloques» ! Une extraordinaire performance en solo de Solly ! De la pure folie d’une grande beauté culturelle qui a fait renaître la langue de vos ancêtres, le Haketia.
C’est sur cette lancée artistique que nos chemins se sont séparés, lorsque Toronto est devenu votre nouveau lieu de résidence. Quelle perte pour Montréal, mais surtout quelle pénible séparation pour Kelvin Arroyo qui, toujours admiratif, a de loin continué à suivre les prouesses artistiques de son inestimable ami à travers le continent Sud-Américain, la France et finalement l’Espagne, pays dont vous et moi revendiquons fièrement nos racines.
Merci Monsieur le professeur, d’avoir respecté ma neutralité religieuse et d’avoir partagé avec moi les valeurs humaines de vos croyances. Oui Solly, ce sont ces valeurs humaines qui inspirent les grandes lignes de notre grande amitié. Des valeurs qui, au-delà de toute religion, s’appuient sur l’Espoir en fond de toile d’un monde meilleur et, pourquoi pas, soutenu par deux porte-étendards la Culture et les Arts de la scène.
Il est maintenant temps de révéler un des ingrédients indispensables qui à mes yeux ont fait de vous un grand homme. Madeleine Lévy, cette grande dame qui vous a remarquablement soutenu avec un amour hors norme. Merci Madeleine d’être toujours là pour mon très cher ami.
48 ans Solly ! 48 ans de «Théâtre Paradiso», toujours présent à l’affiche de mes émotions et des profonds sentiments que j’éprouve pour vous.
Mes plus sincères et respectueuses salutations Monsieur le professeur, merci pour tout Solly, mon ami !

Kelvin Arroyo

Kelvin Arroyo

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Madame Azuelos

Mme A azuelos

Madame Azuelos,

C’est avec beaucoup d’émotion que je vous retrouve aujourd’hui.

Vous m’avez enseigné la biologie circa 1969 à Baron Byng. Je joins une photo de moi à cette époque pour vous rafraîchir la mémoire. Malgré le fait que l’écart entre nos âges ne change pas le  ratio a diminué au point où nous soyons de la même génération,  pour qui les vieux souvenirs sont parfois plus présents que le quotidien.
Vous aurez sans doute deviné que le jeunot dans la photo était secrètement amoureux de sa ravissante prof. Toutes les attentions  particulières que vous me portiez faisaient battre plus vite  mon cœur d’adolescent. C’était ridicule à l’époque mais précieux  aujourd’hui.
Je me souviens surtout de votre grande déception en apprenant que je ne poursuivais pas mes études en sciences pures au CEGEP ayant plutôt opté pour les sciences humaines.
Mon égarement a continué à l’université : j’ai fait un bac en Linguistique (avec distinction)
à McGill.Or, ont tout de suite succédée des études en Chimie. J’ai sûrement eu une pensée
pour vous : “enfin elle me pardonnera”.
J’ai travaillé plusieurs années comme chimiste à la Brasserie Molson. J’ai pu y appliquer la méthode scientifique et affermir ma conviction qu’il n’y a pas d’autre voie. Ça m’a servi toute ma vie personnellement et professionnellement.
Mais je ne suis pas resté chimiste ; j’ai encore dévié du chemin que vous souhaitiez pour moi. J’ai occupé plusieurs occupations tour à tour : coordonnateur aux achats. surintendant de production, acheteur, contremaître dans une usine d’explosifs, planificateur de production pour un manufacturier de bas-culottes et enfin avocat. Eh oui, j’ai fait mon droit à 49 ans.
Aujourd’hui je partage mon temps entre la peinture et la politique (mon cheval de bataille c’est le Revenu Minimum Garanti). Parmi mes trois enfants, les deux plus jeunes sont en enseignement : le bébé (30 ans !), la musique, ma fille, la maternelle. Je ne sais pas comment j’aurais pu leur transmettre votre vocation mais leur curiosité ​​intellectuelle n’est sans doute pas étrangère à celle que votre enseignement et votre exemple a inculqué à leur père.
Je vous remercie de votre présence dans ma vie, d’y avoir laissé une influence indélébile et un doux souvenir de jeunesse.
Avec beaucoup d’affection.

Pierre Madden

Pierre Madden
Promotion 1971

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Lettre de recommandation de M. Marelli à Frédérique Moirat

M. Marelli, professeur de français. Il a su patiemment nous rentrer sa matière dans la tête.
Ici il a récompensé à sa manière Frédérique .
lettre de M. Marelli

fred
Frédérique Moirat

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Monsieur Marelli

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Monsieur Marelli a continué d’enseigner sans relâche son savoir jusqu’à ce que la maladie,
qui le rongeait depuis un certain temps, le force à abandonner ses étudiants.
En revenant des funérailles, Diane s’est enfermée dans sa chambre.
La peine qui la déchirait a su transposer ses larmes sur la feuille de papier maintenant
devenue un émouvant témoignage à ce professeur de Baron Byng.

Hommage à Monsieur Marelli

A présent que Monsieur Marelli nous a quittés,
Il manque un rayon de soleil dans Roberval.

Je le revois encore dans la classe

Se serrant les lèvres pour ne pas rire,

Se jouant dans la moustache,

Et regardant par-dessus ses lunettes.

Il était fâché un moment

Puis, quelques instants plus tard,

Son visage s’éclairait comme par magie

Car il ne connaissait pas la rancune.

Parfois, lorsque j’étais de mauvaise humeur ou triste,

Il me disait quelques mots d’encouragement

Et alors nous nous mettions à rire ensemble.

C’était un homme qui acceptait d’aider sans restriction.

Vous, professeurs, avez sûrement perdu un très grand collègue.

Et nous, élèves, avons perdu un très grand professeur.

J’aurais tant voulu lui exprimer ma reconnaissance

Pour tous les bienfaits qu’il m’apporta.

Malheureusement, il ne le saura jamais.

Ou bien peut-être l’a-t-il toujours su?

Malgré le fait qu’il n’est plus,

Chacun d’entre nous sentira sa présence

Et se souviendra longtemps, sinon toujours,

De ce professeur qui se promenait dans les corridors

Et qui donnait toujours son cours

En cachant probablement sa souffrance

Sous son éternel sourire, qui le rendait si accueillant.

Oui, Monsieur Marelli,

Nous vous regretterons beaucoup

Car vous étiez pour nous

Non seulement un excellent professeur

Mais également un excellent ami.

Et nous vous crions du fond du cœur,

MERCI !                                                                                                                                                                                                                                         

diane lacombe

Diane Lacombe

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  M. Jankovych

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La célébration de la gomme à mâcher.

Ce cher Monsieur Jankovych. Notre professeur de mathématique avec des expressions bien
à lui ficelées dans un accent Slovaque qui nous faisait bien rire, mais on ne le montrait pas,
on craignait un peu sa rigidité qu’il exprimait avec fougue.
Comme quand il nous repérait en train de mastiquer, il nous lançait « crachez la gooomme »
et on y passait tous. C’est comme s’il entendait travailler nos mâchoires, il n’en manquait
pas un ! Une fois, tous les élèves viennent s’installer dans la salle de cours, et l’un d’eux
dépose bien en évidence un gros pot de gomme à mâcher sur son pupitre.
A l’arrivée du prof, de suite il repère l’intrus dans sa classe !
Il comprend vite qu’un petit malin veut un peu se moquer de lui sur l’interdiction de
manger de la gomme en classe.
Mais, il est rusé ce Jankovych et ne se laissera pas supplanter par ces élèves.
Il pige à pleine main dans le pot et lance des gommes à toute la classe et entonne en
un chant a capella « Mâchez la gooomme, mâchez la gooomme», puis, «crachez la gooomme,
crachez la gooomme». Et à tour de rôle, mort de rire, nous avons tous fait la queue pour
se rendre à la poubelle et “cracher la gooomme” !
L’élève avait gagné le plaisir de faire manger de la gomme à toute la classe, et Monsieur
Jankovych venait d’établir le record de faire “cracher la gooomme”au plus grand nombre
d’élèves en une seule fois !

Anecdote contée par Élisabeth Arroyo-Delpy

Élisabeth Arroyo-Delpy-2  Élisabeth Arroyo-Delpy

Mon anecdote à moi : On rit au soleil.

Monsieur Jankovych nous donne son cours. A chaque fois il se déplace pour écrire au
tableau, puis revient vers le centre de la classe, un rayon de soleil vient lui saboter la vue.
Il repart écrire pour nous expliquer l’équation, puis revient.
Dans ce va et vient il croise sans arrêt ce fichu rayon de soleil. Il commence à bouillir en
dedans. Nous sentons que la colère est proche. Nous restons sans expressions pour ne pas
l’agacer davantage et le faire exploser, mais trop tard !
Monsieur Jankovych se précipite vers l’ignoble fenêtre qui laisse s’introduire ce rayon de
soleil moqueur et attrape à pleine main la corde reliée au store bien enroulé tout en haut
de la grande fenêtre. Dans sa colère anti-soleil, plutôt que de tirer doucement la corde
pour faire descende la toile du store, il y va d’un coup bien senti et ce n’est pas
seulement la toile qui est descendue, mais le store complet et il l’a prit en pleine tête.
S’en était trop pour nous qui étions resté bien sérieux, mais là, quand on l’a vu tout penaud,
nous avons éclaté de rire entraînant bien malgré lui Monsieur Jankovych !
Remis de ces émotions, il regarde le soleil bien droit dans les yeux, et met sa main entre ses
yeux et le soleil, et nous lance : « quand je mets ma main entre mes yeux et le soleil, je ne
vois plus le soleil, donc ma main est plus grande que le soleil ! » pour nous dire que des fois
la logique n’est pas ” loogique ” !
Il était rigide ce prof, il savait rire aussi, mais surtout il aimait ses étudiants.
Sa femme nous a confirmée que Monsieur Jankovych avait gardé tous ses livres où étaient gravées
à tout jamais les notes qu’il attribuait à tous ses élèves tout au long de son séjour
à Baron Byng et à De Roberval. Il ne nous a jamais laissé partir complètement !
Moi non plus je ne peux le laisser partir, Il restera toujours dans le petit tiroir
[x + y = 2] de ma mémoire.

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Patrick Nouguier